Apr 30 2009
Ecriture
J’avais dit que je viendrai poster le texte que j’avais dû écrire sous l’impulsion de Geob.
Je vous le copie ici. Il n’est pas particulièrement travaillé, ni même vraiment relu. Il a juste été écrit en pensant à mes grands parents. La douleur étant encore (trop) vive depuis le décès de ma grand mère le 1er février.
Alors, ne jugez pas ce texte, s’il vous plaît
Le mois de février se rappelle à mon bon souvenir ce matin en soufflant une bise gelée. Sans plus me soucier de mes mains gelées, je ferme un peu plus mon manteau tout en me hâtant un peu plus vers la petite maison à un étage qui se tient à quelques mètres. Malgré tous les souvenirs heureux que j’y ai vécu, la raison de ma venue aujourd’hui semblait les ombrer de peine et gonfler mon coeur de chagrin. Il nous faut vider l’endroit. Plus personne n’y vit désormais. Trois générations s’y sont succéder pour y grandir et maintenant…
A peine ai-je refermé la porte d’entrée qu’on m’accueille dans le salon adjacent. Je reconnais quelques personnes de ma famille venu aider. On s’échange des banalités, des sourires forcés. Le peu de pièces de la maison sont réparties entre tous afin de faire l’inventaire de ce qui s’y trouve, ce qui sera jeté, ce qui sera donné, ce qui sera distribué. On m’attribue le grenier, l’accès y étant mal aisé. Je ne m’en inquiète pas. Ne supportant pas les regards vides et attristés de certains, je me détourne et prends la direction de l’étage.
Je monte les escaliers, respirant à plein poumons l’odeur familière. Les larmes me montent aux yeux mais je tiens bon. Le palier, déjà, avec non loin de moi un escabeau afin d’atteindre le grenier. Autour de moi, les objets, rassurant dans leur constance tel que je les ai vu depuis ma naissance semblent me fait croire que tout est immuable alors qu’eux aussi seront bientôt déplacés, démontés, jetés ou même brûlés.
Je me secoue pour me ressaisir et jeter aux loin ses pensées avant de saisir l’escabeau et de le placer. Mais comme je le prépare, un son résonne au dessus de ma tête. Je me fige un instant, imaginant déjà un cambrioleur avant que le bruit incongru ne reprenne, à moitié étouffé par le vent. Cette fois, je ne bouge plus du tout, car il ne m’est pas inconnu. Enfant, j’avais souvent entendu ça. La jeunesse m’y faisait voir les plaintes d’une créature horrible qui ne semblait prendre vie que durant les mois froids de l’année. A l’époque, je n’avais jamais eu ni le courage de monter, ce qui m’était interdit, ni même la force de demander ce que cela pouvait être à mes grands parents, de peur de passer pour une peureuse. Mais encore maintenant, à l’âge adulte, cet étrange son me fait frissonner.
Je commence malgré tout à monter les échelons de l’escabeau tout en vérifiant que ma lampe torche fonctionne bien. Sans vouloir reconnaître mon appréhension, je m’aperçois en repoussant la trappe que ma main tremble légèrement. Le souvenir s’imposant de plus en plus, il me semble que ma grand mère va surgir de la cage d’escalier d’un instant à l’autre pour m’intimer l’ordre de descendre immédiatement de mon perchoir avant de me rompre le cou.
Mais rien de tout cela ne se produit et je me rend compte qu’inconsciemment je croyais à cette utopie.
La poussière qui me tombe dessus me ramène bientôt à la réalité et je me hisse dans le grenier avant d’allumer hâtivement ma lampe.
Le bruit résonne maintenant plus fort, plus clairement. Il est difficile de déterminer sa source, la charpente créant un étrange écho et le vent couvrant mes perceptions. Le coeur battant, je balaie la pièce de mon faisceau lumineux en avançant à pas comptés.
Au fur et à mesure, le bruit s’amplifie, comme pour me sommer de faire demi tour.
Quelques pas plus tard, je le vois enfin. Mon monstre. Et aussi vite que la peur s’évanouit, l’hilarité me prit alors que je réalise ma bétise. J’ai devant moi non pas une créature terrifiante mais une guitare dont les cordes détendues permettent au vent dur de la saison froide d’en jouer.
L’explication à ses bruits discordants était donc là, sous mes yeux. L’instrument semble de bonne facture bien qu’il ne soit pas complètement terminé. Il lui manque la touche finale de décoration. En approchant, je distingue un peu mieux l’oeuvre et remarque un symbole qui attire mon attention. Il s’agit d’une espèce de fée, au design singulier et dont je me souviens avoir vu mon grand père le dessiner dans un livre dont il m’avait fait cadeau alors que j’étais petite, et en convalescence chez lui.
Lentement, des souvenirs se connectent, et retracent une partie de l’histoire.
Mon grand père était un homme secret qui ne laissait que peu transparaitre ses sentiments. Ma grand mère m’avait un jour appris qu’il n’avait pas toujours été ainsi. Dans sa jeunesse, il avait appris à manier du ciseau à bois et était devenu un luthier reconnu pour son talent. Mais la guerre était venue, lui prenant son bien le plus précieux : ses doigts. Emprisonné pendant plusieurs années, il avait eu les doigts brisés à de multiples reprises, l’empêchant à jamais de modeler le bois. En même temps que son talent, il avait perdu une partie de sa joie de vivre. Il rêvait parfois en dessinant une fée, ce symbole de ce bonheur perdu avant de la détruire d’un mouvement rageur.
Et puis, j’étais née. Et elle tenta de me décrire avec quelle émotion il m’avait appelée « sa fée » en me voyant pour la première fois. Même si son passé et l’âge l’avait rendu de moins en moins expressif, il s’éclairait toujours d’un sourire lorsque j’arrivais.
De retour dans la noirceur du grenier, je regarde la guitare, des larmes plein les yeux. Ce morceau de bois sculpté était sans doute la dernière oeuvre inachevée de mon grand père. Les années n’avaient su altérer sa beauté et je ne peux m’empêcher de m’asseoir et de tendre une main vers elle. Je la caresse tendrement, retraçant du bout des doigts la fée qui me sourit. Lentement, j’accorde l’instrument, effrayée qu’à tout moment, elle ne tombe en poussière entre mes mains. Un premier accord résonne, juste et crystallin. Je suis un instant émue devant la beauté de ce travail. Puis, pour saluer leurs mémoires, je pleure et joue une mélodie sans paroles, tout mot devenant inutile lorsque l’on parle avec une musique.
Mes condoléances pour ta grand-mère.
Sinon j’ai pas pu m’empêcher de juger ton texte. Et il est vraiment bien, j’aime bcp ton style et c’est très bien raconté. On s’imagine parfaitement la scéne et on peut pas s’empecher de penser à ces propres souvenirs d’enfance.